Elles ont couru pour Femix’Sports !

 Interview de Céline Hollenbeck & Slavina Pancheva, sportives engagées 

Courses d’obstacles, en duo, parcours du combattant… La pratique sportive regorge aujourd’hui de propositions innovantes, ludiques et physiquement exigeantes, hors des structures sportives classiques et permettant de faire du sport en groupe. En ce début d’année, Femix’Sports a eu la chance de recevoir un don de la part de deux femmes engagées pour l’égalité dans le sport : Céline Hollenbeck, avocate, et Slavina Pancheva, consultante en communication, ont spontanément organisé une levée de fonds pour l’association lors de la course Defi Run à Paris (course d’obstacles de 5 à 10km organisées dans plusieurs grandes villes de France), le 15 Octobre dernier. Comment en sont-elles venues à courir pour nous au sein d’une telle épreuve ? L’équipe Femix s’est entretenue avec ces donatrices, pour évoquer leur projet, mais également leurs parcours sportifs et leur analyse des inégalités persistantes entre hommes et femmes dans le sport.

 

Une pratique sportive précoce et une volonté de s’engager pour l’égalité dans le sport

Céline et Slavina se sont rencontrées pour la première fois à l’étranger, lors d’un échange aux Pays-Bas : de retour à Paris, elles se rejoignent sur l’envie de rester active et de faire du sport ensemble. Toutes deux ont eu une pratique sportive assez soutenue dès l’école, en s’essayant à plusieurs sports : « J’ai touché à plusieurs sports » déclare Céline, « Basket, ski, course à pied… »

Cette pratique n’est d’ailleurs pas toujours encouragée ou favorisée au niveau élémentaire, notamment d’après Slavina, ayant grandi en Angleterre : « A l’école primaire, on ne nous encourage pas beaucoup à pratiquer ». Cette tendance s’inverserait dans l’enseignement supérieur britannique, comme en témoigne son expérience à l’université d’Oxford : « Une fois arrivée à la fac, j’ai pu pratiquer les sports que je voulais, car il y a une grande place pour les femmes, et pour tous les niveaux : j’ai intégré notamment l’équipe d’aviron ».

 

Lors d’une discussion l’été dernier sur leurs parcours sportifs respectifs, les deux femmes observent qu’elles expérimentent les mêmes difficultés :« J’ai constaté que j’avais très peu d’amies françaises qui font du sport », regrette ainsi Céline, « et ça m’intéressait justement d’avoir l’expérience de Slavina sur le sujet, ayant grandi en Angleterre ». Celle-ci a justement constaté « une vraie différence » en arrivant en France, où il est « très difficile de trouver une association sportive, particulièrement pour les filles ».

 

Le Defi Run, un projet sportif et engagé pour l’égalité dans le sport

Partant de ce constat, les deux femmes se sont mises en quête de défis sportifs à relever, et ont cherché une association s’occupant de promouvoir et développer le sport féminin : « L’idée du Defi Run nous plaisait car le concept était original, et l’élément « course d’obstacles » me plaisait : le fait de se dépasser, de montrer qu’une fille peut aussi vouloir participer à une course exigeante » affirme Céline pour expliquer leur choix.

Associer cette course avec leur volonté d’engagement pour Femix’Sports à travers une levée de fonds était ensuite une démarche assez naturelle, d’autant que ce procédé est assez courant, particulièrement dans les pays anglo-saxons : « C’est un classique en Angleterre, cela se fait beaucoup ; c’était donc naturel pour nous d’aider votre association de cette manière et de la lier à notre projet sportif » résume Slavina pour expliquer la genèse de cette initiative.

 

Un projet sportif part d’une réflexion sur les freins à la pratique sportive féminine et à l’égalité dans le sport

 Interrogées ensuite sur leurs parcours, Slavina et Céline soulignent entre autres les progrès que doit faire l’école et les structures sportives pour proposer une diversité de pratiques aux jeunes filles. : « Pour moi, il n’y a pas assez de temps dédié à cela à l’école ; il existe de plus de vraies différences entre les filles et les garçons, c’est difficile pour les filles de trouver des associations sportives » déclare Céline Hollenbeck. Elle se souvient particulièrement d’une expérience au collège, où, pratiquant le basket, elle a souhaité intégrer l’équipe de son collège ; cela s’est avéré impossible car il y avait seulement… Une équipe de garçons ! L’obstacle était double : peu de filles souhaitaient pratiquer, ce qui empêchait la création d’une équipe, mais le personnel enseignant a également montré assez peu de volonté, ne cherchant pas de réelle solution à la situation : « J’aurais pu intégrer l’équipe de garçons, m’entraîner avec eux, participer à construire la première équipe de filles… » liste Céline.

 

Au-delà de cet enjeu majeur, l’existence d’un lien étroit entre la pratique sportive et les représentations des femmes sportives, fréquemment rappelé par les sociologues du sport, semble être confirmée par l’expérience des deux jeunes femmes. Si tous les axes de développement du sport féminin doivent être menés de front, il apparaît au regard de ces expériences que la pratique sportive constitue une priorité, et peut être à la base de nombreuses retombées positives : « Si de plus en plus de femmes pratiquent un sport, cela contribuera à faire changer les mentalités ; plus les femmes qui font du sport sont nombreuses, plus ces images feront partie du quotidien » estime Céline.

Réciproquement, Slavina insiste de son côté sur l’importance des images véhiculées sur le sport féminin, et la manière dont ces images peuvent influer sur la pratique : « En tant que jeune fille, si on ne voit jamais de femmes ou très peu dans le sport de haut niveau, c’est très difficile de se construire et de s’identifier ».

 

Quelles actions pour des parcours sportifs mixtes et égalitaires ?

Si les freins existent, il est cependant possible d’imaginer des solutions structurelles pour élargir l’offre de pratique sportive, et même d’agir au niveau individuel pour diffuser des images permettant de déconstruire les stéréotypes de genre. Ainsi, les deux donatrices Femix insistent à la fois sur le rôle de l’éducation, qui doit « favoriser la pratique sportive de tout le monde à l’école, tout en éduquant à la mixité et à l’égalité filles-garçons ».

Travaillant dans la communication, Slavina Pancheva insiste enfin sur l’importance des représentations et narratifs qui nous entourent : « Je pense que c’est très important de lutter activement contre certains stéréotypes ou idées négatives autour des femmes et du sport, notamment la notion que le sport au féminin n’est utile que pour perdre du poids et se conformer à des standards de beauté très restrictifs ». Ce type de message enferme une nouvelle fois les femmes dans une quête de perfection esthétique très codifiée, et nie la réelle valeur de la pratique sportive pour la plupart des femmes : « Quand j’ai participé au Défi Run avec Céline, ce qui m’a vraiment épanouie c’était de me voir franchir des obstacles difficiles, que je n’étais pas sûre de pouvoir traverser, et de me sentir forte et capable de faire plein de choses, plutôt que le fait d’avoir brûlé tel nombre de calories… » explique ainsi notre contributrice.

 

Il devient alors important de construire un discours réaliste, construit à partir des expériences des sportives, autour de « ce que le sport peut apporter aux femmes, particulièrement pour les adolescentes », spécialement affectées par les stéréotypes et les attentes imposées par une partie de la société…

 

Nous espérons que ce riche entretien pourra faire écho à toutes les femmes sportives, et contribuer à éclairer les réelles expériences des femmes sportives au quotidien, afin de contester et déconstruire les représentations parfois discriminantes qui influent encore sur le développement du sport féminin et sur les parcours sportifs. Vous aussi, trouvez votre discipline sportive, et retrouvez peut-être Céline & Slavina sur leurs prochains projets sportifs !

Merci à elles pour leur soutien et leur engagement envers l’égalité et la mixité du sport.