Interview Aurélie DONNINI, gardienne de Hockey sur Glace

« A l’occasion de la campagne « Octobre Rose« , dédiée à la lutte contre le cancer du sein, de nombreuses manifestations ont été mises en place pour informer le grand public sur cette maladie : le domaine du sport n’est pas en reste, et le club de hockey-sur-glace des « Caribous de Dammarie-lès-Lys » a organisé des journées de sensibilisation les 1 & 8 Octobre. A cette occasion, nous avons pu rencontrer la gardienne de l’équipe des « Jokers de Cergy », Aurélie DONINI, présente sur ces manifestations ».

 

Pourriez-vous vous présentez ?

 J’ai 27 ans, je suis auxiliaire puériculture, depuis 2011, je travaille à l’hôpital Robert Debré en chirurgie pédiatrique (75). Je suis née dans une famille où le sport prend une grande place, et de ce fait je n’ai pas eu d’avis défavorable concernant mes choix dans la pratique sportive.

J’ai pratiqué durant plusieurs années des sports à connotation masculine tel que le football malheureusement, une blessure a mis fin à mon engagement. La diffusion télévisée d’un match de hockey sur glace m’a fait découvrir une discipline innovante : ce fut le déclencheur de mon envie de pratiquer ce sport. A cette période-là, j’avais 19 ans et j’étais en terminale.

 

Lors de votre prestation durant le match des Caribous, de nombreux spectateurs furent surpris de découvrir qu’il y’avait une femme dans l’équipe. Pourriez-vous nous racontez votre parcours dans le Hockey sur Glace ?

J’ai d’abord été accueillie par le club de Fontenay-Neuilly sur Marne, j’ai commencé comme joueuse, où je m’entrainais avec l’équipe, mais mon niveau restait trop insuffisant pour jouer avec les licenciés. En revanche, je les suivais lors des matchs, ce qui m’a permis de côtoyer des joueuses de l’équipe de France.

Je suis ensuite partit jouer à Viry Chatillon, avant de revenir à Neuilly sur Marne et de passer gardienne. J’ai passé 2 saisons où j’étais back up puis j’ai décidé de partir à Saint Ouen (93) afin d’avoir plus de temps de jeu. J’ai obtenu une médaille de bronze, puis d’argent puis malheureusement j’ai eu une coupure d’un an pour cause d’une une blessure au genou.

 

Pour la saison 2016-2017, j’ai rejoint le club de Cergy-Pontoise dont je suis la gardienne remplaçante de l’équipe masculine, évoluant en Division 3 mais également en parallèle la gardienne attitrée dans le collectif Féminine Elite. Il semblerait que je sois la seule femme évoluant en Division 3 pour cette saison.

 

L’opération « Octobre Rose » a pour objectif de sensibiliser les françaises au dépistage du cancer du sein, que pensez-vous de cette action durant les rencontres sportives ?

 Selon moi, c’est une très bonne initiative. Dès que l’on côtoie la patinoire de Dammarie et les fans des Caribous, il est sûr et certain que l’engouement est là. Cette opération a montré d’une manière flagrante l’intérêt inconditionnel voué à ce sport, je pense donc qu’il serait intéressant de répliquer cette manifestation ailleurs. Personnellement, je pense que nous pourrions éventuellement la mettre en place dans le club de Cergy.

 

Depuis les premières Assises Nationales du Sport Féminin organisées par Marie-George BUFFET, Ministre des Sports, les plans de féminisation ont un enjeu très important dans les disciplines sportives, selon vous y a-t-il eu un impact dans le développement de votre discipline ?

 Depuis quelques années, la Fédération organise des « journées portes ouvertes féminines » en collaboration avec les différents clubs. Cela permet de faire découvrir gratuitement le hockey sur glace aux jeunes filles de la région parisienne (le 10 décembre dernier, le club de Cergy en a organisé une journée avec à la clé une séance dédicace des joueuses de l’équipe de France, présentent à ce moment-là pour le tournoi pré-qualificatif pour les Jeux Olympiques).

La Fédération propose également un stage fédéral de hockey pendant l’été à Vaujany (38). Encadré par les joueuses et le staff de l’équipe de France, il permet de développer la pratique du hockey féminin.

Au niveau des instances dirigeantes, je ne connais qu’une seule présidente dans le hockey sur glace : Sophie DIAKITE, présidente élue du club d’Argenteuil, également responsable de l’équipe féminine de Cergy Pontoise.

 

Charlotte GIRARD, arbitre internationale en Hockey sur Glace et ambassadrice des Jeunes Officiels mène depuis plusieurs années un combat contre le sexisme dans le sport. Qu’en pensez-vous ?

 Effectivement, Charlotte GIRARD est une arbitre que je respecte énormément. Notre première rencontre a eue lieu lors d’un match à Neuilly sur Marne, j’étais ce jour-là aux commandes de la table de marque. En ce qui concerne ses convictions dont son combat contre le sexisme je soutiens ses actions.

 

En avril 2016, les joueuses de l’équipe de France sont devenues vice-championnes du monde, pensez-vous que cela a permis une amélioration de la médiatisation de votre discipline ?

La victoire de l’Equipe de France a permis une meilleure valorisation et médiatisation des hockeyeuses sur glace, et la discipline bénéficie aujourd’hui d’une meilleure place dans les médias. Je pense que la France est l’un des pays proposant une diversité culturelle et sportive assez importante mais nous ne les mettons pas en avant ; d’après moi, le sport n’est pas assez ancré dans la culture française.

 

Le hockey sur glace est le seul sport collectif mixte, selon vous la Fédération française de hockey soutien-t-elle à la mixité ?

 Le hockey propose des groupes mixtes dès l’âge de 4 ans, cette pratique permet notamment d’avoir une expérience technique et tactique plus importante. Nous savons que le développement de la féminisation dans le sport est un long processus, d’où l’intérêt d’organiser le (TIF) Tournoi International Féminin à Cergy Pontoise. Néanmoins, la Fédération soutien à la mixité à travers des actions qu’elle mène régulièrement toute l’année.

 

Malgré l’insertion de la mixité dans votre discipline, il semblerait qu’il ait peu de femme évoluant avec les hommes selon le degré du championnat. Comment s’est déroulée votre intégration auprès de l’équipe en Division 3 ?

 Mon arrivée dans l’équipe masculine évoluant en Division 3 fut bien accueillie. Il faut souligner que le club reçoit depuis plusieurs années des femmes dans ses collectifs. En ce qui me concerne, j’ai rejoint le groupe par le biais de mon entraineur qui était favorable à mon intégration dans une équipe masculine senior.

Lorsque l’on évolue durant une période dans deux collectifs différents (filles et garçons), le challenge sportif n’est pas le même : avec les garçons, je suis en quête de l’amélioration de ma performance et avec les filles je cherche à obtenir un titre de championne de France. Finalement, je constate que je suis à l’aise dans les deux groupes et cela me procure beaucoup de plaisir.

 

Je garde en tête une anecdote qu’un responsable m’a dit un jour : « Tu es une femme mais dès que l’on joue, tu es un boy, tu joues avec et pour le collectif, c’est une équipe et non une femme dans une équipe de garçons ».